*** Lumière sur une artiste ***

Marie Bagi vous présente,

 Christelle Genier

"Peintresse,

Illustratrice"

Portrait Aquarelle or 4
Hanneton

          Aujourd’hui, je vous présente l’artiste Christelle Genier, "Poison Tree Design", que j’ai rencontrée grâce à l’Université Populaire de Lausanne où j’enseigne l’histoire de l’art et que j’ai vraiment découverte par le biais du site internet « Art Vista », co-créé par Sonia Jebsen du webzine « Bythelake ». Dans le dialogue qui s’instaure entre nous, au Restaurant Le Raisin à Lausanne, se crée une confiance quant à son vécu. Elle me raconte dès le départ pourquoi la création est aussi importante, ainsi que sa diversité.

Christelle a toujours dessiné, se souvient-elle. Un grand-père aquarelliste, quand il était plus jeune, et dont elle avait admiré les œuvres au mur, l’avait sans doute inspiré. Avec sa sœur, elles aimaient créer ensemble. Quelque chose qu’elles referont ensemble, un jour, peut-être ? Enfant, elle était déjà très créative dans ce domaine et elle ne s’est jamais arrêtée, surtout à l’adolescence. A cette période, Christelle se plaît à recopier des modèles dans les magazines de mode . Après ses études, qu’elle ne réalise malheureusement pas en art, elle est contrainte de délaisser le dessin et la peinture, à son grand dam. N’y pensant plus vraiment, c’est lors d’évènements que la frustration ne pas avoir créé, est survenue. En, effet, un jour, à la découverte de la création de certains artistes, la conscience artistique de Christelle se réveille et elle décide de reprendre ses instruments créatifs afin de donner un souffle nouveau à sa créativité foisonnante. Elle se concentre ainsi sur des personnages féminins qui ne cessent aujourd’hui de l’accompagner. Ce sont principalement des dessins idéalisés de femmes telle une ode à la féminité, me dit-elle, un idéal. Elle ne leur crée pas d’expressions particulières mais elle aime créer un visage, créer des traits humains. En soi, insuffler la vie dans son œuvre, ajoute-elle. Partant d’un élément central, soit humain soit animal, elle se plaît à agrémenter le décor autour du personnage représenté. La composition se suffit ainsi à elle-même. Les série d’illustrations qu’elle réalise ont la même intention ou des éléments qui leur sont communs mais elle varie car sinon, elle s’ennuie si elle fait toujours la même chose. Cette variété la fait sortir de sa zone de confort et se mettre en « danger » car elle découvre des facettes d’elle-même qu’elle ne soupçonnait pas. Elle se laisse inspirer et guider par le support en le développant avec sensibilité.

La figuration de la femme ne l’a jamais totalement abandonnée, même durant sa période de pause. Elle eut réalisé des paysages lorsqu’elle était plus jeune et parfois des œuvres plus abstraites (même si la figuration appelle l’abstraction et vice versa), qu’elle réalisait à l’acrylique, mais elle revenait sans cesse vers ses portraits de femmes. Ces derniers sont parfois réalisés avec des formes géométriques et de grands aplats de couleurs qui laissent la place à l’imagination. Afin de les interpréter, elle part d’une photographie et déconstruit le visage entier, ainsi il devient méconnaissable. L’aspect reste humain mais il est camouflé. Elle travaille ensuite sur le choix des couleurs. Elle réalise quelques essais, souvent à l’aide de logiciel – Gimp – ce qui lui permet de tester différentes combinaisons de couleurs et de formes afin de trouver celles qui lui conviennent le mieux. La technique utilisée varie. Elle me confie qu’elle a appris seule l’utilisation de la peinture à l’huile lorsqu’elle avait la vingtaine, par des livres et des magazines. La soif de connaissance se traduit par l’apprentissage d’un art qu’elle dompte et qu’elle transmet par ses médiums favoris.

La frustration de ne pas pouvoir coucher ses idées sur papier si elle ne peut pas dessiner ou peindre, est présente. Plus elle crée et plus elle a envie de créer. C’est constamment présent. Cette création dépend de l’humeur du moment, de l’excitation de commencer une nouvelle œuvre, ainsi que de ne pas en connaître le résultat. Parfois, elle se dit déçue de ce dernier. Ce sont les montagnes russes dans les émotions et elle se retrouve toujours en contact avec ses limites. Très à l’aise avec les visages, elle l’est moins avec les mains où elle trouve qu’il faudrait qu’elle s’améliore. Très critique avec son travail et en comparaison avec le travail des autres artistes notamment sur Instagram, la question de la légitimité revient quand elle sent qu’une œuvre est, pour elle, ratée. Mais, ajoute-elle, elle a dépassé le stade de ne pas oser monter son travail. Des encouragements et une grande production ont été à l’origine de ce « coming-out artistique ».

Son art a connu une grande évolution au cours des dernières années. Elle a réalisé quelques ventes et en 2018, elle réalise sa première exposition. Depuis quelques temps, elle fait partie du Collectif Marcelle – dont fait partie également Zoé Genet – et qui a pour but de se soutenir en tant qu’artiste femme mettant à l’honneur des parcours différents. Les messages de ses œuvres ne sont pas politiques sauf lorsqu’elle a produit pour une exposition collective. En effet, elle a réalisé deux œuvres basées sur la littérature dont une sur Virginia Woolf (1882-1941). Elle a représenté la filiation des autrices décrites dans « Une chambre à soi » ; des pionnières qui ont inspiré les femmes des générations suivantes à poursuivre leur propre voie et à conquérir leur liberté. La majorité de ses œuvres possèdent une recherche intérieure artistique, comme elle se plaît à le dire ; intime et personnelle mais pas universelle dotée d’un message social ou politique même si c’est important de mettre en avant les femmes. Pour elle, c’est aussi important d’offrir une place à la féminité au travers de ses œuvres. C’est plus une question de sensibilité au niveau de la représentation et d’apprentissage sur et de soi à chaque fois qu’elle réalise une œuvre. Elle grandit et s’enrichit. Pour l’avenir, Christelle souhaite posséder un atelier où elle pourra laisser libre cours à sa créativité qui ne cesse de foisonner et dont le résultat nous laisse détailler du regard la multiplicité dévoilée, avec talent, dans son tracé.

 

Autrice : Marie Bagi, docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

Le 28 juin 2022